Arthur Bernède, qui vient d’être promu, tout récemment, officier de la Légion d’honneur, est un romancier, dont la plume alerte e onde ne cesse de nous donner des œuvres captivantes où une inspiration toujours généreuse se mêle aux plus précieuses qualités imaginatives.

Après Vidocq, Surcouf, Mandrin, Jean Chouan, dont les noms chantent encore dans tous les esprits comme autant de victoires, Arthur Bernède nous donne aujourd’hui Belphégor.

Belphégor, titre mystérieux d’un mystérieux personnage qui lance dans les plus troublantes aventures un rédacteur du Petit Parisien, Jean Bellegarde, et un détective privé, Chantecoq.

— L’action de mon nouveau cinéroman se situe dans la vie de tous les jours, nous dit le célèbre romancier, eile mêle la réalité la plus terre à terre à la fiction la plus hardie. De nombreuses scènes se passent dans les bureaux mêmes du Petit Parisien et dans cei immense hall qui fait l’admiration des visiteurs. Le directeur nous avait, de plus, fort aimablement accordé toutes les autorisations nécessaires. Vous n’auriez pas voulu, dans ces conditions, que nous allions chercher ailleurs un décor tout trouvé et un endroit si merveilleusement adapté à notre action.

Voilà pourquoi, pendant une journée entière, la ruche bourdonnante qu’est un grand quotidien moderne, fut transformée en studio.

Le grand escalier du Petit-Parisien dans Belphégor (1927)

Dès le matin, le réalisateur de Belphégor, Henri Desfontaines, prenait la direction des opérations. Winter et Jean Margueritie, ses actifs assistants, allaient et venaient du grand escalier au poste de T.S.F., du hall aux bureaux de rédaction. Les groupes électrogènes s’installaient devant l’immeuble; de longs serpents noirs, les câbles électriques, portaient à l’intérieur la lumière aux lampes à arc, aux réflecteurs et aux sunlights, que des électriciens en cotte bleue avaient dressés un peu partout. Lorsque tout fut en place, lorsque les artistes, qui étaient allés se maquiller dans la pièce mise spécialement à leur disposition, furent prêts, le metteur en scène prononça le fatidique: «On tourne! ». Ainsi, tout le jour, hall, bureaux, couloirs, escaliers, violemment illuminés, retentirent de cinémal’appel du metteur en scène, des explications des assistants et du grésillemené des projecteurs. Les artistes, parmi lesquels on pouvait reconnaître René Navarre (le détective Chantecoq) et Lucien Dalsace (le rédacteur Bellegarde), s’évertuaient, dans leur mimique muette, à donner la vie à leur personnage, tandis que les rédacteurs de service, les diligents employés et les aimables dactylos du journal, délaissaient un instant leur travail pour s’intéresser à ce spectacle inattendu qui évoquait pour eux toute la magie du cinéma.

Et quelqu’un tira la conclusion de cette sensationnelle prise de vues dans un grand journal moderne, en s’écriant:

— Un cinéroman dont l’action se passe au Petit Parisien, qui sera publié dans le Petit Parisien, ne pouvait être tourné ailleurs qu’au Petit Parisien!

Paris, 1 Novembre 1926