Le Cinématographe, que l’on peut nommer aujourd’hui le lion du jour, fait aussi de temps en temps des progrès et chaque pas est salué par l’enthousiasme du public. Aucune, peut-on dire, parmi les inventions modernes, n’a su captiver la faveur générale de la foule dans tous les pays, autant que le cinématographe, parce que tout événement important qui arrive dans une partie quelconque du monde, est tout de suite popularisé et répandu par le cinématographe dans tous les coins de la terre.

Vraiment la reproduction des spectacles de guerre ou de fêtes, des scenes comiques vraies où invraisemblables, la présentation des paysages inconnus et lointains de l’Afrique Centrale ou des hauteurs de l’Hymalaya, qui n’avaient pas jusqu’ici moyen d’être exposées dans tous leurs détails véritables et impressionnants, sans l’aide de cet instrument populaire, ne pouvait manquer d’exciter l’admiration et la joie de tout le monde, des enfants aussi bien que des personnes âgées, parce que le cinématographe amle bénéfice d’offrir au public une instruction saine, morale, agréable et bon marché. Les spectateurs en effet ne peuvent manquer de s’émouvoir en s’instruisant à la vue de la beauté de la nature, des monuments et chefs-d’œuvre de la main de l’homme, des mœurs des peuples étranges, lointains et peu connus.

C’est pour cela que le cinématographe entra victorieux dans les habitudes de tout le monde avec succès tel qu’au lieu de diminuer sa popularité il semble l’augmenter de jour en jour. Dans toutes les villes, même dans tous les villages où l’on peut disposer d’une salle et d’une force lumineuse, le cinématographe est installé et la foule accourt contempler la miriade des impressions qui sont le fruit d’un travail d’une surprenante génialité.

Le cinématographe va devenir aussi d’une grande application pratique. Déjà aux Etats Unis d’Amérique on l’a introduit dans les écoles élémentaires et il faut espérer qu’en Italie on puisse bientôt offrir aux enfants ce champ immense d’instruction pratique et rationnelle, parce que la pédagogie moderne enseigne qu’il est plus facile d’apprendre et retenir les choses qu’on a vues que les choses qu’on a lues, et le cinématographe produira le miracle de chasser la volonté de bâiller aux leçons, ce qui jusqu’ici était une question problématique. Même le Pape, reconnaissant l’utilité de propagande religieuse, autorisa les curés des villages à introduire le cinématographe dans les églises.

Toute personne qui a pu assister à une mise en scène d’une grande action cinématographique en revient enchanté et ne peut pas se passer de la comparer à un grand spectacle de théâtre, particulièrement lorsque l’action représente un épisode historique. Les costumes, la reconstruction exacte du milieu, la discipline des masses, l’autorité du directeur, l’habileté des premiers rôles, tout fait rappeler la répétition générale d’un grand ballet et même plus, parce que dans ces derniers la prima donna n’est qu’une mima, une femme douée de beauté physique, avec une démarche élégante et majestueuse, mais dont l’action est limitée à des gestes stéréotypés, presqu’automatiques, tandis que chez une bonne artiste de cinématographe on requiert, en dehors des attraits personnels, une force naturelle d’expression, de charme ou de fierté, pour expliquer dans les moments amoureux ou tragiques ses sentiments d’amour ou de haine et attirer par son jeu l’attention du public. Un jour viendra, où l’on invitera, comme au théâtre, les membres de la presse et quelques autres privilégiés à quelque répétition générale d’une grande action cinématographique, afin d’en donner au public une impression favorable.

Très intéressante est certainement l’histoire de l’invention de la machine cinématographique, dont on pourrait même attribuer la paternité à Archimède, qui voulait voler le feu au soleil pour brûler les galères ennemies dans le port de Syracuse. Mais les siècles s’écoulèrent et on ne sut inventer que la pauvre Lanterne magique, qui égaya l’enfance de nos pères. Finalement Plateau de Gand utilisa au siècle dernier la particularité du phénomène de la vision pour la construction d’un instrument qu’il appela zootrope et qui donnait par des images l’illusion du mouvement. Plus tard ce fut le tour de Raymond, puis celui de Marcy et Demeny, qui dans leurs recherches substituèrent la photographie à l’image faite à la main.

Les premiers essais de la photographie à l’étude du mouvement sont dus à Janssen Stanford, de Californie, et au Dr. Muybridge de Philadelphie. Mais leur compatriote Edison fut le premier qui eut une idée claire du cinématographe; malheureusement son appareil « Kinétoscope » ne répondit pas à sa promesse. Enfin ce fut aux frères Lumière que revint la fortune de résoudre le problème et par l’application de la lampe à arc ils réussirent à obtenir l’intensité lumineuse indispensable pour les reproductions cinématographiques.

Certainement le cinématographe est loin d’avoir dit son dernier mot. On attend des perfectionnements, tels que la photographie à couleurs, la phonocinématographie, c’est à dire l’application de la voix humaine à l’action mimique. Mais ce qui à notre avis est bien plus important, parce qu’il rendra la cinématographie à la portée de tout le monde, est la facilité que chacun puisse cinématographier soi même, avec un appareil à soi.

Il y a quelque temps un journal de Londres, The British Journal of Photography, dont nous avons parlé dans notre numéro de Juin, avait fait la remarque du peu d’attention que les photographes de profession donnent à la confection des films cinématographiques. Mais l’amateur particulier devrait trouver aussi sa grande satisfaction de pouvoir faire ses recherches dans son laboratoire, où des vues de son intérieur avec un appareil à lui, mais ce qui est avant-tout nécessaire c’est de trouver une machine ayant toutes les qualités requises pour le but qu’il voudrait atteindre, c’est à dire: bon marché, commodité de transport et facilité de maniement, et nous sommes heureux de pouvoir satisfaire à toutes ces requisitions en donnant à nos lecteurs la primeur d’une invention toute italienne et qui est certainement destinée à mettre la révolution dans le monde cinématographique.

La Maison « Savoia Film » de notre ville, qui bien que toute jeune, a déjà donné des preuves éclatantes de son activité dans lé champ des inventions pour les máchines-outils cinématographiques, va bientôt lancer un appareil qu’elle appelle « La Perle de la Savoia ».

C’est un appareil à prise de vues et projection et qui représente tout ce que la mécanique de précision a pu atteindre en perfection à l’intérieur d’un appareil, aussi bien qu’en élégance et coquetterie à l’extérieur.

Les qualités principales de la machine sont: Dimensions minimes reduites à 15 — 22 — 12; boites extérieures parallèles de grandeur variable, selon la demande; mécanisme parfait, absolument nouveau, muni d’un volant spécial, rendant le mouvement régulier et très doux; une grande facilité de chargement, réduisant à presque rien le déchet de la pellicule négative; une grande légèreté et presque pas d’encombrement; l’abolition absolue de trépidation, ce qui fait que n’importe quel pied, même très léger, peut supporter l’appareil, sans que sa stabilité en soit amoindrie; l’appareil est muni d’un objectif Voitgländer-Héliar, de 51 m. de foyer, monté sur un dispositif mécanique, permettant de l’extérieur la mise au point parfaite.

L’appareil a été spécialement étudié pour servir comme machine de projection. Il n’est pas nécessaire pour cela de faire sortir la machine de sa caisse, en employant le même objectif on obtient une projection de merveilleuse finesse et d’une très grande fixité.

L’appareil, à l’aspect élégant, est recouvert en maroquin rouge ayant la marque de fabrique gravée en argent.

Les boites, qui ont deux grandeurs, peuvent contenir 60 mètres ou le double de films et toute la machine ne pèse que 3 kg. dans le premier cas et 3 1/2 dans l’autre. Elle se recommande par conséquent par sa grande facilité de transport, soit que l’on préfère la porter à la main, ou la placer dans un havresac au dos, pour les excursions à pied. Pour plus grande commodité on peut enlever les boîtes et même la manivelle.

On peut donc affirmer que la « Perle de la Savoia » est l’appareil idéal pour un touriste ou pour un professionniste, pour la prise de scènes d’aprèsm nature, d’intérieur et même de théâtre. Cette machine est naturellement indiquée, comme nous avons observé plus haut, pour des recherches dans un laboratoire, soit que l’amateur s’occupe de physique, de chimie ou de sciences naturelles. Enfin pour la projection cinématographique à l’usage de tout le monde elle peut être comparée à la petite Kodak pour la photographie.

Elle offre aussi l’avantage de pouvoir imprimer les films, possédant elle même un système très simple et très ingénieux de déroulement des pellicules, comme aussi par l’application d’un chevalet de la prise de vue en y appliquant sur un support une lampe Nertz de 300 bougies et relatif condensateur, ce qui peut donner les meilleures projections sur une toile de deux mètres de largeur, avantage qui ne peut pas manquer d’être apprécié par un amateur, car il lui donne la satisfaction de voir représenter chez lui les vues prises par lui même dans ses voyages, à la campagne, dans son intérieur ou dans son atélier.

En plus de tout ça, l’appareil « Perle de la Savoia » joint l’avantage d’un bon marché extraordinaire, ce qui permet d’affirmer que cette machine aussitôt qu’elle sera lancée sur le marché, obtiendra un succès universel. Cette machine réussira aussi à combler la lacune lamentée par le journal anglais à propos de la faute d’exploitation de la cinématographie de la part des photographes de profession, parce que la raison que une bonne partie de ces professionnistes ne s’occupent pas de cinématographie, réside dans l’achat d’une machine dont le prix est actuellement assez important.

En concluant, nous ne pouvons qu’exprimer nos plus sincères souhaits et nos congratulations à nos amis Mrs. le Dr. Gariazzo et ing. Planchat pour leur belle et intéressante invention, et en même temps nos meilleurs remerciements pour en avoir offert la primeur aux lecteurs de la Revue.

G. V. dal F.

Turin, Septembre 1912